"Targets" de Peter Bogdanovitch ("La cible" en français) est un film de série B à la splendeur et à l'importance sous estimée. "Travaillant" la part nécrophile de la cinéphilie, le réalisateur (critique spécialiste de John Ford) réussit à faire se rejoindre deux lignes scénaristiques apparemment sans lieu commun, aidé en cela par un certain Samuel Fuller même pas crédité au générique (quoique largement remercié dans les bonus par Bogdanovitch lui-même). Deux lignes scénaristiques, deux trajectoires pour une seule histoire.

D'un côté, un Tim O Kelly glacial en tueur psychopathe (l'avénement du serial killer), celui ci incarne l'horreur moderne; de l'autre côté : Boris Karloff, immense acteur dans son propre rôle, figure emblématique s'il en est, incarnant l'horreur du passé, celle du cinéma muet et des monstres... Depuis les couleurs employées jusqu'au montage délicat des scènes, tout dans ce film rayonne de justesse et d'à-propos en plus de faire preuve d'inventivité. Après le plan final au demeurant magnifique, Bogdanovitch ne retrouvera jamais plus dans ces films suivants, une telle forme. On ne peut que regretter que ce film soit si peu connu.
